Changer de Cap suit et soutient les projets de l’AprèsM de Marseille depuis le début de nos aventures respectives. Cet été, Evelyne, membre active de notre collectif, a eu l’occasion (la chance) de se rendre sur place. Elle nous raconte.

L’AprèsM, un ancien McDo des quartiers nord de Marseille, réquisitionné par ses salariés et les habitants lors de sa fermeture en décembre 2019, a livré des milliers de colis alimentaires aux habitants en difficulté pendant le Covid. Sans aucune subvention publique, les volontaire ont développé des activités multiples d’insertion, d’apprentissage, d’assistance sociale, etc. L’AprèsM a obtenu en février 2022 une négociation avec la mairie de Marseille pour disposer d’un bail – précaire ou à terme emphytéotique – lui permettant de poursuivre toutes ses activités par le biais d’une SCIC, La Part du Peuple.

L’objectif était et reste de faire vivre le L.I.E.U., Local d’Initiative et d’Entraide Urbaine, mais aussi d’ouvrir dès que possible un « fast social food », un restaurant populaire solidaire accueillant les clients à des prix dépendant de leurs ressources.

« On est une ZAD. Non pas une zone à défendre, mais une zone à développer. Notre rôle est de fabriquer des réponses aux problèmes sociaux. Nos actes parlent à notre place. » (Kamel)

J’ai eu le grand plaisir d’aller les voir les 19 et 20 juillet, reçue par Kamel Guemari, le salarié qui fut le premier à refuser de quitter le McDo lors de sa fermeture et à appeler à l’occuper comme une ressource produite collectivement par ses salariés pendant des années et donc devant leur appartenir, et par Fathi Bouaroua, travailleur social qui joue un rôle clef dans la gestion des lieux et la construction collective du projet. S’ils m’ont reçue chaleureusement, ils étaient loin d’être seuls sur les lieux, et j’ai eu le bonheur d’y rencontrer également des membres de la SCIC et porteurs de tout le projet, dont Leïla, Mona, etc.

Je connais leur projet et en ai depuis des mois apprécié et soutenu les divers aspects. Lors de ma visite, j’ai pu découvrir combien ils et elles avaient déjà avancé concrètement, dans une pratique d’expérimentation solidaire à la fois à visée écologique, sociale et démocratique,  et ce sans attendre, selon l’ « ici et maintenant », la doctrine qu’ont si bien explicitée Miguel Benasayag, et Bastien Cany dans leur splendide livre « Les nouvelles figures de l’agir. Penser et s’engager depuis le vivant » (La Découverte, avril 2021).

« Comment défendre les opprimés ? C’est notre tâche. Nos quartiers populaires se gentrifient et deviennent des affaires immobilières juteuses ; on donne les logements à des nouveaux créateurs d’activités, des « start-up sociales ».On dit aux gens « Réveillez-vous !», car l’économie doit être au service des gens du territoire, des plus vulnérables. Notre rôle est d’inoculer aux habitants les questions sociales non résolues, par une provocation pacifique. » (Fathi)

Au jour de ma visite, le bail avec la Ville de Marseille n’était pas encore signé, l’AprèsM n’avait pas encore reçu un centime de subvention publique et les postes d’insertion qui leur avaient été promis restaient en attente depuis quatre mois déjà… La seule subvention reçue était venue de la Fondation Abbé Pierre.

Qu’à cela ne tienne !

Les activités d’ores et déjà mises en place sont bien là, qui donnent le moral, prouvent la faisabilité du projet et lui donnent vie, soutenues et portées par des anciens salariés comme par les habitants voisins. «  Ici nous avons un outil de travail, que nous avons bâti collectivement, et il faut qu’il nous serve à tous, explique Fathi. Le MacDo faisait en 2018 300 000 euros par mois de chiffre d’affaires dont 73 % de marge brute. Le fast social food que nous allons ouvrir fera au moins 180.000 euros par mois de chiffre d’affaires et les bénéfices iront à l’entraide. D’ores et déjà nous nourrissons plus de 4 000 familles qui viennent chercher des colis alimentaires tous les lundis, et même Pôle emploi et des assistantes sociales nous envoient des gens qui crèvent de faim ».

« Les fast food sont des machines à broyer l’humain, comme Uber. Notre UBER sera Union Bienveillance Entraide Repas Solidaires.»

Les animateurs du projet ont acheté l’essentiel du matériel du futur fast social food, les bornes de commande, et rénové les locaux.

Autre action, ils récupèrent les aliments des supermarchés avant péremption et vont les transformer en montant une conserverie populaire, dont le bâtiment est déjà construit, avec l’aide de l’association Longo Maï. Celle-ci n’est pas une exception, pour l’AprèsM il est essentiel de « monter des tandems avec de petites associations, pour ne pas rester dans l’entre-soi. »

Un autre projet va voir le jour en octobre, la construction d’un premier méthaniseur domestique, transformant les déchets en méthane d’une part, et en engrais fertilisant d’autre part.

Si vous voulez inviter Fathi ou Kamel, ou leurs camarades, à venir vous expliquer où ils en sont, comment ils avancent en dépit de tous les obstacles, comment dupliquer de telles expériences populaires et d’entraide, contactez L’AprèsM sur son site ou via sa page Facebook.